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13/06/2020

La maison assassinée


Découverte dans une cabine à livres de La maison assassinée de Pierre Magnan. La peinture de première de couverture fait penser à celle du Mas Théotime de Henri Bosco... le mas, les cyprès d'Italie.
Le roman a obtenu le prix R.T.L. Grand public en 1984 et a été adapté au cinéma par Georges Lautner en 1988, avec Patrick Bruel dans le rôle de Séraphin Monge.
L'écriture est magnifique, très vive, imagée. On rôde du côté de la Durance, Sisteron, la montagne de Lure, Manosque...
"Ici, à nu, à même la terre, exclus de la protection des murailles, on ne pouvait rien entendre, sauf si l'on avait l'estomac tordu par l'angoisse. Ce torrent qui portait la montagne à la mer en un déchirant charruage éventrait les corridors de la nuit. Son vacarme étouffait même celui de la bourrasque qui soulevait les forêts de yeuses depuis les pentes de Ganagobie jusqu'aux contreforts de Lure, là-bas, sur les ponchons de Mallefougasse. On la devinait seulement, à voir les arbres aspirés d'un seul coup vers la lune comme s'ils levaient les bras au ciel."
L'esprit de Giono est tout près. Giono que Pierre Magnan a connu, adulé.
Pierre Magnan est né à Manosque et mort en 2012 à Voiron en Isère.
Mes prochaines lectures seront certainement Pour saluer Giono et Les promenades de Jean Giono.

09/01/2020

Agatha Christie : les magnifiques peintures de couverture (Hercule Poirot)

La suite des couvertures de la collection "Club des Masques" de La Librairie des Champs-Elysées, réalisées entre 1950 et le début des années 80, avec quelques-unes de ma collection, autour des enquêtes de l'insupportable Hercule Poirot.


La mystérieuse affaire de Styles 1932 (dépôt légal 3e trimestre 1970) The mysterious affair of Styles 1920
roman







Les quatre 1967 (dépôt légal 1er trimestre 1979) The big four 1927
roman









Meurtre en Mésopotamie 1967 (dépôt légal 4e trimestre 1975) Murder in Mesopotamia 1936









Mort sur le Nil 1948 (dépôt légal 4e trimestre 1969) Death on the Nile 1937

Témoin muet 1937 (dépôt légal juin 1982) Dumb witness 1937
roman







Je ne suis pas coupable 1944 (dépôt légal 1er trimestre 1980) Sad Cypress 1940
roman






Les vacances d'Hercule Poirot 1948 (dépôt légal 3e trimestre 1979) Evil under the sun 1941
roman








Cinq petits cochons 1947 (dépôt légal 1er trimestre 1969) Five little pigs 1942
roman




Mrs Mac Ginty est morte 1953 (dépôt légal 1er trimestre 1967) Mrs Mac Ginty's dead 1952
roman








Les pendules 1964 (dépôt légal 1er trimestre 1976) The clocks 1963
roman





La troisième fille 1968 (dépôt légal 2e trimestre 1979) The third girl 1966
roman





Christmas pudding 1962 recueil de trois nouvelles : Christmas pudding, Le retour d'Hercule Poirot, Le policeman vous dit l'heure (dépôt légal 2e trimestre 1980) The adventure of the Christmas pudding 1959
nouvelles

08/01/2020

Agatha Christie : les magnifiques peintures de couverture (Miss Marple)

 Le plaisir d'un livre vient aussi, en grande partie, de l'effet visuel et suggestif de sa couverture. Il est des couvertures dont la simple vue, avant même d'avoir entrouvert les pages, plonge déjà le lecteur dans la magie de son univers. C'est le cas des magnifiques couvertures de la collection "Club des Masques" de La Librairie des Champs-Elysées, réalisées entre 1950 et le début des années 80. En voici quelques-unes de ma collection, autour des enquêtes de l'inimitable Miss Marple.

L'affaire Prothero 1932 (dépôt légal 4e trimestre 1977) Murder at the vicarage 1930
roman








Une poignée de seigle 1955 (dépôt légal 4e trimestre 1967) A Pocket Full of Rye 1953
roman








Le miroir se brisa 1963 (dépôt légal 3e trimestre 1972) The mirror crak'd from side to side 1962
roman








Le major parlait trop 1965 (dépôt légal 1er trimestre 1978) The caribbean mystery 1964
roman








Le club du mardi continue Deuxième volume 1966 (dépôt légal 1er trimestre 1977) The Tuesday Club murder 1933
recueil de nouvelles


17/06/2019

Demande à la poussière de John Fante


Je relis John Fante. Le père encore plus immature que le fils. Mais bon, quel âge avait-il lorsqu'il a écrit ce bouquin ? L'âge de son héros récurrent, Arturo Bandini. Une vingtaine d'années.
En fait non ! Il l'a publié à l'âge de trente ans, en 1939. Mais il se remémore le jeune paumé qu'il était, perdu à Los Angeles, à Bunker Hill, pauvre, amoureux, fou d'écriture et de célébrité.
On ne peut pas raconter ce livre.
Demande à la poussière.
C'est la vie misérable et grandiose d'Arturo Bandini. Ses hauts et ses bas. Ses laideurs et ses illuminations. C'est surtout l'écriture de Fante, mêlant le pathétique au comique, le lyrique au sordide.
Demande à la poussière est un titre si poétique.
La poussière du tremblement de terre de Long Beach (1933) que Bandini attribue à son commerce charnel avec l'inquiétante Vera Rivken. La poussière de ses mots dont il connaît l'envers mais qui le maintiennent en vie, tapissant le décor vide de son existence.
La poussière des rencontres, des existences côtoyées, frôlées, recherchées.
Celle du voisin, Hellfrick, bouffeur de barbaque monomaniaque et fauché.
De Sammy le barman du Columbia Buffet, rival détesté en amour et ridicule en écriture.
De Hackmuth, son dieu éditeur, aux dollars providentiels, à qui il écrit des lettres-fleuves qu'il métamorphose en nouvelles publiées en magazines.
Et bien sûr, de Camilla Lopez, la Mexicaine, serveuse au Columbia Buffet, son double féminin qu'il humilie et vénère à la fois, sa Sainte-Vierge et sa pute.
Il a si peur des filles, de celle-ci en particulier, de ce qu'il pourrait ne pas devenir, de lui-même, de ce qu'il représente aux yeux de l'Amérique.
Bandini est touchant car il essaie de vivre, d'accepter son destin, de le rêver, avec maladresse, fougue, méchanceté... et Fante, derrière lui, est implacable.

John Fante in a photo dated 1937. (Photo courtesy of the Los Angeles Public Library Photo Collection)


11/03/2019

L'Île d'Oleron à tricycle

      Lisez, relisez ce merveilleux livre, hymne à l'Île d'Oleron, écrit par Jean COURBEYRE et publié en 1986 aux Editions du Cercle d'Or.
Jean COURBEYRE y raconte son enfance dans l'Île lumineuse, "Nous habitions à Domino sur la Côte Sauvage" et décrit les paysages et les gens rencontrés au long de ses balades à dos de tricycle, lequel donnait des ailes à son corps handicapé.
L'écriture est poétique, le vocabulaire précis, la langue sensuelle et amoureuse.
Ses escapades l'entraînent vers le Nord de l'Île, Chaucre, la pointe de Chassiron, Saint-Denis dont le port, à l'époque de son enfance (dans les années "30") était "une mer de sable piquée d'immortelles", la Brée, les Boulassiers, le Douhet, Saint-Georges, l'Île. Le retour est fêté par "l'églade à l'étouffée sous les barbes de pin".
Il pousse parfois jusqu'à Boyardville, en passant par Sauzelle et les marais. C'est l'occasion de raconter l'époque des saulniers, lorsque le sel d'Oleron faisait la réputation internationale de l'Île, avant que les marais salants soient transformés en claires.
Tant de lieux sont évoqués, Les Sables-Vigner, la Cotinière, la Perroche dont "naguère, avant la création de la rocade [...] (on pouvait voir), par le grand portail toujours ouvert du prieuré interdit au public, le cloître silencieux autour du jardin enluminé de fleurs", grand- Village, Saint-Trojan-les-Bains, le Château...
Des lieux devenus intemporels par la magie du poète, "Que sont les générations, sinon des vagues qui roulent les unes sur les autres, dans une bousculade féconde et parfois tragique ?"

L'Ile d'Oleron à tricycle, ouvrage longtemps introuvable, est désormais diffusé par les Editions LOCAL - 38 photos de Pierre-Jean Verger 1986 - 110 p. 22 x 27 cm - 16,50 €.

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Si cet article vous a plu, vous pouvez découvrir mes autres uppercuts littéraires :
Typhon de Joseph Conrad
Les lignes de l'impur de Fabrice Guichard
Je suis vivant et vous êtes mort d'Emmanuel Carrère
Rien dans les poches de Dan Fante
Bluebells Wood de Guillaume Sorel


05/01/2019

Un album génial : Bluebells Wood


Si vous êtes fan de fantastique, il faut lire la bande dessinée de Guillaume Sorel parue chez Glénat en 2018, Bluebells Wood.
Les dessins sont somptueux, l'ambiance inquiétante à souhait et l'histoire digne des contes fantastiques de Maupassant.
Un peintre solitaire, vivant au pied d'une falaise baignée par les lames de l'océan, voit apparaître une créature marine, dangereuse et attirante, qui s'éprend de lui.
L'histoire fait penser au film Cold skin de Xavier Gens et est inspirée d'un conte d'Andersen.
Bluebells Wood ou comment un grand auteur de BD revisite le mythe des sirènes, devenues créatures fantastiques. 

21/12/2016

Typhon de Joseph Conrad

Ayant retrouvé mon ancienne édition de Typhon, parue en 1985 dans la collection Grands Ecrivains choisis par l'Académie Goncourt, je me plonge dans le roman de Joseph Conrad.
Je ne suis jamais allé au bout de ce court récit maritime. Trop de termes techniques ? De descriptions ? Edité dans la Bibliothèque verte, il est souvent catalogué comme roman jeunesse. Ce qu'il n'est pas ! Il est de peu d'intérêt pour les jeunes lecteurs : pas d'aventure, pas de trame narrative claire, pas de héros auquel on pourrait s'identifier, un huis-clos dans un bateau.
C'est un texte dur, dense, âpre, dans lequel on peut ne pas du tout entrer.
J'apprécie particulièrement deux aspects : d'abord l'écriture, laquelle nous plonge dans le chaos régnant à bord du vapeur Nan-Shan qui, faisant route vers le port de Fou-Tchéou, en pleine Mer de Chine, est la proie d'un terrible typhon.
Ensuite, le héros, ce capitaine MacWhirr, dont on dit qu'il est ordinaire, sans imagination, stupide.
C'est pourtant lui, par son sang-froid, qui sauve son navire avec l'équipage et les passagers, deux cents coolies chinois rentrant chez eux avec leur paye.
Typhon est construit comme une tragédie. Le destin de ces hommes est tout tracé, ils vont mourir et tous le savent. Le météore est le symbole de la mort à laquelle ils ne peuvent échapper.
Les marins luttent, avec force, dignité, contre les éléments, certains laissent apparaître des failles, des lâchetés.
Le capitaine MacWhirr n'est pas de ceux-là : il connaît son devoir et il l'accomplira jusqu'au bout, sans réfléchir à son issue. Il fait penser, prosaïquement, à ces légionnaires qui accompliront leur mission coûte que coûte, ou aux héros grecs lorsqu'ils oublient leur hybris.
Le capitaine MacWhirr pourrait tout aussi bien être un meurtrier implacable, il est le sauveur. Son navire doit revenir au port et le désordre humain, trop humain, qui perturbe l'équilibre de ce microcosme, doit cesser : on donnera aux hommes ce qui les calme, l'argent, les pièces de dollars d'argent qui leur reviennent.
MacWhirr a résisté à l'enfer de la tempête qui assaille le bateau et à l'enfer humain qui gangrène ses cales où sont entassés les coolies.
Que penser de lui ?
Il n'est pas de l'argile dont on fait les hommes, il est d'une autre nature qui nous dépasse sûrement, et ses hommes, comme nous, pourront dire, une fois arrivés au port, qu' « il s'en est très bien sorti pour un homme aussi stupide ».
On sait qu'ils ont tort mais il manque les mots pour dire le vrai.

18/12/2016

Les lignes de l'impur de Fabrice Guichard

Un lieutenant de police nantais, Amaury, plaque sa vie hexagonale pour s'installer dans l'Île de la Réunion.
Pour sa première enquête, il est gâté : le cadavre émasculé d'un magnat local, bientôt suivi de deux autres, dans le même état.
Curieux, intelligent, lettré, Amaury interroge, furète, se plonge dans les coutumes et la littérature locales, pour faire avancer une enquête ardue...
Un très bon polar, publié dans la collection POM d'Orphie, qui s'amuse des codes du genre sans les détruire mais en les enrichissant.
Poche: 194 pages
Editeur : Orphie (1 janvier 2014)
Collection : Policier outre-mer

15/03/2016

L'autobiographie de Philip K Dick


Au cimetière de Fort Morgan, Colorado, Jane Dick a attendu cinquante-quatre ans son jumeau. Philip Kindred Dick l'a rejointe le 2 mars 1982.
Phil est un enfant mélomane, agoraphobe, angoissé, passionné de lecture.
On n'est pas étonné qu'il ait lu Poe, Lovecraft, Kafka.
Il se marie avec une cliente d'University Music, le magasin de disques où il bosse, puis une sympathisante communiste, une voisine riche qui rêve de faire de lui un écrivain classique, divorce de toutes, s'installe avec la femme d'un écrivain, est amoureux de toutes les femmes qu'il rencontre.
Il mange longtemps du cheval - nourriture de paria - acheté dans une boutique d'aliments pour chiens, vivant mal de ses livres.
On lui colle une réputation de drogué alors qu'il ne touche que tardivement au LSD, ne prenant que de la mescaline, des cocktails de pellules, Serpasil, Semoxydrine, Benzedrine, pour tenir le coup et écrire, écrire, écrire.

En 1962, il obtient le Prix Hugo avec Le Maître du Haut Château.

Au début des années soixante-dix, il s'installe à San Rafael et le 707 Hacienda Way devient le repaire de tous les freaks de Californie, un refuge pour camés et jeunes marginaux. Le 17 novembre 1971, l'immense classeur blindé où il cache ses trésors d'enfant est détruit.

Phil vit dans des univers parallèles, dialogue avec ses doubles, est constamment submergé par des signes, des rêves, des prémonitions. Il passe les huit dernières années de sa vie à écrire l'exégèse de son œuvre en dialoguant avec Horselover Fat, son double.

Blade Runner, l'adaptation par Ridley Scott de son roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? amène enfin de l'argent.
Le film est sorti en 1982.
Des voisins le retrouvent chez lui, par terre, inanimé. Attaque cérébrale.
Le coma se prolonge jusqu'à ce qu'on le débranche.
Edgar Dick, le vieux père, vient chercher le corps de son fils pour l'emmener à Fort Morgan, dans la tombe où il retrouve Jane.

Cette biographie publiée par Emmanuel Carrère en 1993 est excellente. L'écriture est à la hauteur du personnage dont elle raconte la vie.
On retrouve la puissance évocatrice de L'adversaire, de La classe de neige.
Il montre un K Dick complexe, drogué, gourou, schizophrène, paranoïaque comme l'a dépeint la légende, mais aussi sensible, acharné de travail, généreux, vivant dans son œuvre tout autant que dans la réalité. Un artiste écorché incarné en auteur de SF.
Je suis définitivement phildickien et j'ai envie de relire Ubik.

14/03/2016

Rien dans les poches de Dan FANTE

Avez-vous lu Dan FANTE ?
Il faut lire Dan FANTE ! Pourquoi cette injonction ?
Parce que rares sont les fils-de qui égalent leurs ascendants. Déjà.
Parce que lisant Dan FANTE, on retrouve John, son père, le même ton, le même comique dans le tragique.
Dan est peut-être encore plus radical que son père qui a succombé aux sirènes hollywoodiennes, aux dollars, pour assouvir ses passions. Le golf et autres.
Les passions sont les mêmes, excessives, mais plus trash.
Lire FANTE est jubilatoire.
Lire FANTE libère.
Rien dans les poches. Son premier bouquin.
Le fantôme du père, dans son lit d'hôpital, réduit à rien. Aveugle, amputé, dans le coma. Plus qu'un souffle effrayant et une machinerie cardiaque qui s'obstine.
Le chien du vieux, lui aussi embarqué dans cette odyssée à laquelle il ne survivra pas.
Les figurants, sa future ex-femme, son frère, le patron, les clients, la petite A-a-a-amy...
John Fante est mort en 83. Dan l'an dernier.
J'ai cherché les livres de John Fante en librairie.  Il avait été brièvement ressuscité, de son vivant, par Bukowski. On ne les trouve plus.
Dépêchez-vous de lire Dan FANTE.